Hackathon Nec Mergitur : Améliorer la sécurité dans Paris grâce au numérique

L’année 2015 a été plutôt difficile à Paris. Nous avons eu droit à toute une série d’attentats revendiqués par l’Etat Islamique. Suite à ça une des réponses de la mairie de Paris a été le Hackathon Nec Mergitur.
Du 15 au 17 janvier 2016, des acteurs du numérique ont été rassemblés pour réfléchir à de nouvelles solutions.
L’école 42 a pour l’occasion été transformée en une sorte de cellule anti-terroriste à la 24h chrono, où toute la technologie disponible est mise en place pour éviter les attentats.

Vous pouvez consulter le bilan du hackathon sur ce lien : necmergitur.paris
Dans cet article je vais analyser deux problématiques et leurs solutions proposées.

Problématique n°1

La police met beaucoup de temps à prendre conscience des attentat. Les civils les préviennent en composant le 17, mais ce moyen est très long et la ligne est souvent saturée. Actuellement il faut plus d’une demi heure pour que les chefs de police soient prévenus, et autant pour que les secours soient mobilisés. La question est donc de savoir comment récupérer l’information aussi rapidement que possible. Et si possible de prévenir également les civils.

Vigimap

L’idée : Analyser les réseaux sociaux et mettre à disposition des gens une application mobile pour signaler les attentats et être prévenu lorsqu’ils arrivent. Toutes ces informations sont centralisées sur une carte partagée entre les autorités et les civils.

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Les informations importantes circulent entre les civils et les autorités à travers une carte partagée

Les points forts :

  • Sur une carte les autorités peuvent rapidement voir si quelque chose d’anormal se passe.
  • Le système prévient également ses utilisateurs qu’ils se trouvent ou se dirigent vers une zone à risque.
  • La plateforme sert de moyen de communication entre la police et les civils.

Les points faibles :

  • Afficher les publications des réseaux sociaux sur la carte n’est pas forcément très pertinent car peu de publications sont géolocalisées, et leur localisation est rarement celle de l’endroit des attentats.
  • Chaque utilisateur n’a pas forcément de smartphone pour envoyer et consulter les données. Pour recevoir des notifications push il doit télécharger une application. Cette application doit être compatible avec le smartphone, et mise à jour régulièrement.
  • Il est nécessaire d’avoir du réseau data, qui fait encore souvent défaut dans les zones couvertes, notamment dans le métro.
  • Le système prévoit de solliciter de façon collaborative (à la Waze) les utilisateurs pour savoir s’ils confirment la présence d’un attentat. Un tel service est tout de même très stressant.

Le projet SOmS

L’idée : Proposer un service d’envoi de SMS à un numéro d’alerte qui initie un échange automatique questions/réponses avec les autorités.

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La donnée est récupérée à l’aide d’un échange par sms

Les points forts :

  • pas besoin d’avoir de smartphone ni l’application avec sa dernière mise à jour
  • pas besoin d’avoir du réseau data : le réseau téléphonique suffit, et il est bien plus présent, notamment dans le métro
  • pas de paranoïa : on abandonne l’idée que les gens puissent consulter la carte. On garde juste la possibilité de les prévenir par sms si un danger a été avéré.

Les points faibles :

  • La localisation des SMS

Un SMS n’est a priori pas localisé. Mais en pratique il peuvent l’être très précisément, par triangulation des antennes relai qui ont servi à le recevoir. Et même sans envoyer de SMS, la police peut apparemment localiser la position des téléphones, en se servant des SMS furtifs (voir cet article de 2012).

Je ne connais pas cette technologie, mais si elle marche ça règle le problème. Ce qui m’étonne c’est que ça ne soit pas utilisé dans des séries comme 24h chrono pour localiser les appareils. A chaque fois Jack Bauer se sent obligé de téléphoner à la personne « suffisamment longtemps pour trouver sa position ». Il faudra que quelqu’un lui parle des SMS furtifs.

Bilan

Pour prévenir la police, le fait d’être passé au SMS est vraiment une excellente idée. Mais pour fonctionner SOmS a de toutes façons besoin d’afficher sur une carte du type Vigimap la position des SMS reçus.

Permettre à la police de communiquer rapidement aux civils lors d’un attentat est intéressant. Cela permet d’éviter qu’ils se rapprochent d’une zone à risque. Il est également possible de leur indiquer comment réagir, et où se diriger s’ils ont besoin de soins. Mais prévenir des gens qu’ils se rapproche d’un attentat peut aussi créer la panique. Et lorsque quelqu’un a besoin de soins il n’est potentiellement pas en mesure de consulter son smartphone. Ces idées sont donc sujettes à discussion! N’hésitez pas à donner votre avis en commentaire.

Problématique n°2

Lorsque la police intervient dans un bâtiment pour mettre fin à une prise d’otages, il est stratégiquement important pour elle d’avoir des plans du bâtiment. Lors de l’attaque de l’Hyper Cacher ils n’en avaient pas et ils ont du prendre des risques en communiquant avec quelqu’un de l’intérieur pour les avoir. La question est de savoir comment la police peut avoir facilement accès aux plans des bâtiments.

Repaire

L’idée : Scanner en 3D les bâtiments recevant du public pour alimenter une plateforme web et la mettre à disposition des forces de l’ordre.

plan 3D école 42
Une vue 3D scannée à 360° d’une salle de l’école 42, et une carte pour visualiser toutes les vues 3D

Les points forts :

  • La base récupérée est précise et complète

Les points faibles :

  • Extrêmement coûteux pour des cas d’utilisation très rares
  • Très long à mettre en place et à mettre à jour

OpenEvacMap

Ce projet est déjà en ligne ici : shiny.frenchkpi.com/openevac-front/

L’idée : Rassembler sur une carte communautaire les plans d’évacuation de tous les bâtiments.

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Les plans d’évacuation sont localisés sur la carte

Les points forts :

  • Projet open source donc gratuit, et déjà en ligne.
  • La base peut se remplir très vite.

Les points faibles :

  • Met également ces plans à destination des gens mal intentionnés. Ce qui est surtout gênant pour les lieux privés.
  • La carte n’a pas la garantie de devenir exhaustive.
  • Les données si elles ne sont pas à jour peuvent donner de mauvaises informations aux force de l’ordre. Donc les induire en erreur et éventuellement aggraver la situation.

Bilan

La vue 3D est certes très riche en information, mais le plan d’évacuation en 2D est souvent suffisant. L’équipe du projet Repaire a réalisé le potentiel des plans d’évacuation et ils les ont ajoutés à leur base.

Le projet idéal serait pour moi un mélange des deux. A savoir une plateforme où les établissements recevant du public peuvent envoyer leurs plans d’évacuation. Les données ne seraient consultables que par les forces de l’ordre, et leur envoi et mise à jour serait une obligation. De cette façon on aurait rapidement une carte complète, fiable, peu coûteuse, et réservée aux forces de l’ordre.

Conclusion

Dans ce genre de situation chacun propose des solutions avec les outils qu’il a l’habitude de traiter. En tant qu’expert mobile je me suis orienté vers Vigimap. Mais les solutions les plus simples sont souvent les meilleures. Et en cas d’attentat il faut avouer qu’une application mobile n’est pas vraiment adaptée.

De même pour les équipes de l’IGN, spécialisées dans les relevés topographiques et notamment au scanner. Pour elles il était normal de s’orienter vers une solution lourde de relevé 3D mettant en applications leurs compétences. Mais la récupération collaborative des plans d’évacuation est une idée bien plus simple et efficace.

 

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Johan van Santen

Développeur fullstack web et Android indépendant.

Après avoir travaillé 4 ans en banque d’investissement et dans du développement de logiciels topographique, j’ai travaillé sur mes projets d’applications Android et ma plateforme web App-Types. Aujourd'hui je suis à plein temps sur mon nouveau projet Random Lunch.

   

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